23 septembre 2026

Regards de chercheurs #1 : Pr Djillali Annane

Penser le sepsis, relier la recherche et le soin

Mieux comprendre celles et ceux qui font vivre la recherche en soins critiques : c’est l’objectif de cette nouvelle série. Pour ce premier entretien, le Pr Djillali Annane partage sa vision du sepsis, de la recherche clinique et de la force du relationnel.


Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre centre ?

Je suis Djillali Annane, chef du service de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches, qui fait partie de l’AP-HP. Je dirige également l’IHU Sepsis, labellisé en 2023, qui est dédié à la recherche préclinique, clinique et translationnelle sur le sepsis.

Quel est votre principal domaine d’expertise dans la recherche en soins critiques ?

D.A. : Une grande partie de ma carrière a été consacrée à la recherche sur le sepsis. Je m’y intéresse à la fois sur le plan préclinique, dans une perspective de recherche translationnelle, et sur le plan clinique. J’ai travaillé au sein de l’unité mixte de recherche à l’université de Versailles (Inserm) et maintenant dans un écosystème encore plus intéressant dans le cadre de l’IHU Sepsis.

Avez-vous développé d’autres centres d’intérêt au fil de votre carrière ?

D.A. : Quand j’ai débuté ma carrière, mon chef de service m’a appris qu’il ne fallait pas se disperser. On ne peut pas être bon partout. Or, le sepsis c’est déjà un domaine très vaste. Prétendre s’intéresser aux différents aspects de la recherche préclinique, clinique et sociétale sur la question du sepsis, c’est ambitieux et mobilise déjà pleinement mon activité de recherche.

Qu’est-ce qui anime votre engagement au quotidien dans la recherche en soins critiques ?

D.A. : D’abord, je n’ai jamais différencié la recherche, la clinique et l’enseignement. Pour moi, ces trois aspects sont liés et poursuivent un objectif commun : améliorer la prise en charge des patients. Ainsi, ma principale motivation, c’est d’améliorer la qualité des soins pour mes patients et l’ensemble des patients en général.

« Le réseau joue d’abord un rôle essentiel de mise en relation. Grâce à lui, j’ai pu collaborer avec de nombreux collègues que je n’aurais probablement pas rencontrés autrement. »

Selon vous, quelle avancée issue de la recherche a eu l’impact le plus important pour les patients ?

D.A. : C’est difficile à dire. D’abord, le réseau a une très grosse production scientifique et conduit de nombreuses études portant sur différents champs d’intervention. Mais il n’est pas isolé dans le monde : d’autres réseaux travaillent sur les mêmes thématiques et publient aussi des résultats disruptifs, comme on dit. C’est donc une question à laquelle il est difficile de répondre. Dans la réalité, c’est lorsque plusieurs équipes indépendantes obtiennent et confirment les mêmes résultats que les pratiques cliniques changent. C’est ça la science.

Comment le réseau CRICS-TRIGGERSEP contribue-t-il concrètement à vos projets de recherche ?

D.A. : Le réseau joue d’abord un rôle essentiel de mise en relation. Grâce à lui, j’ai pu collaborer avec de nombreux collègues que je n’aurais probablement pas rencontrés autrement. Cet effet de décloisonnement, de mise en relation est un vrai avantage dans la recherche, et donc une vraie valeur ajoutée du réseau. Ensuite le réseau offre un bon cadre pour conduire des études cliniques multicentriques, notamment lorsque nous obtenons des financements. Enfin, j’aime beaucoup les retraites scientifiques organisées au sein du réseau. Ce sont des moments d’échange, de transmission qui favorisent ce que j’appellerais une forme de compagnonnage scientifique.

Pour aller plus loin : Le Pr Djillali Annane a récemment coordonné une étude sur les corticostéroïdes dans le sepsis (RECORDS Trial)


Cet entretien ouvre une série consacrée aux chercheurs du réseau, à leurs trajectoires, à leurs expertises et à leur manière de faire avancer la recherche en soins critiques au plus près des patients. Pour toute question ou suggestion, vous pouvez nous contacter : https://crics-triggersep.org/contact/